jeudi 10 septembre 2009

Et un message, un

Voilà ce fragment de texte issus de la réécriture du Mahabharata par Jean-Claude Carrière. Ça a été un pur moment de magie lorsque j'ai parcouru ces phrases si merveilleuses et que je suis entrée dans une mythologie aussi envoutante. Le meilleur livre que j'ai pu lire de toute mon année et à la fois le début d'une passion inexplicable pour l'Inde et tous ces aspects positifs et bons.


"Les commencements sont souvent secrets"

"Impossible de ne pas le reconnaitre. On le voyait partout, dans tous les temples, dans tous les lieux sacrés. Genesha, que Parvati, l'épouse du grand dieu Shiva, crée elle-même, par ses propres moyens. Il était à sa naissance un superbe garçon. Sa mère lui demanda de garder la porte de sa demeure, et de ne laisser entrer personne, car elle désirait prendre un bain. Alors Shiva survint, ignorant la présence de cet enfant. Il voulut entrer dans sa demeure. Genesha lui barra le passage: ma mère m'a demandé de ne laisser entrer personne, personne n'entrera! Shiva, rendu furieux, convoqua ses troupes féroces, il leur commanda de déloger cet enfant obstiné, mais Ganesha leur résista, il les repoussa, les dispersa, les écrasa. Il éclatait d'une force surnaturelle. Même les hordes de démons échouaient à forcer le passage, car l'enfant défendait sa mère. Shiva ne put le vaincre que par la ruse. Il se glissa derrière lui et subitement lui coupa la tête, qu'il jeta au loin. Alors Parvati, trouvant son fils décapité, fut possédée de fureur et menaça de détruire toutes les forces du ciel. Shiva savait que sa colère était si haute, et si juste, qu'elle avait le pouvoir de supprimer les dieux. Vite, pour l'apaiser, il ordonna de fixer sur le corps de l'enfant la tête de la première créature rencontrée sur le chemin. C'était un éléphant. Ainsi naquit le dieu des écrivains, des musiciens, quelquefois même des voleurs, Ganesha, gourmand, ironique et tendre, celui qui calme les querelles.Il est à supposer que Vyasa et l'enfant marquèrent un moment de surprise, comme à chaque fois qu'on rencontre un dieu. Ganesha, qui portait un casque doré tout brillant de pierres précieuses, s'assit tranquillement à même le sol et dit à Vyasa: -J'ai entendu dire qu'on cherchait un scribe pour le grand poème du monde. Eh bien, me voici.-Es-tu vraiment venu pour écrire mon poème ?demanda Vyasa. -Je te l'ai dit."[...]Quoi qu'il en soit, voici comment Vyasa parla de lui-même. Ces paroles nous furent transmises par la main rondelette de Ganesha, qui courait sur le papier brun:-Un Roi qui chassait dans une forêt s'endormit. Il rêva de sa femme et son sperme jailit. Quand le roi se réveilla, et qu'il vit ce sperme sur une feuille, il appela un faucon et lui dit: Porte vite mon sperme à la reine. Mais le faucon fut attaqué par un autre faucon, le sperme tomba dans un fleuve, un poisson l'avala. Quelques mois plus tard, un pêcheur ramena ce poisson, il l'ouvrit et trouva dans son ventre une toute petite fille, qu'il appela Satyavati. Elle grandit, elle devint très belle, mais par malheur elle dégageait une épouvantable odeur de poisson. Tout en écrivant, Ganesha s'étonnait, souriait, balançait sa trompe et laissait s'échapper des bruits de gorge qui montraient le plaisir qu'il prenait déjà à l'histoire."

Le Mahâbhârata

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